PAS TOUCHE  À L’INDEX !

Le système d’indexation automatique des salaires est un mécanisme centenaire, ses premières applications datant de 1921 ! le principe ? Permettre aux ménages de maintenir leur pouvoir d’achat lorsque le coût de la vie augmente. Nous sortions de la 1ère guerre mondiale et garantir la paix sociale était une « urgence nationale » en période de reconstruction de l’économie.

COMMENT ÇA MARCHE ?

Le système se base sur le « panier du ménage ». Le principe est assez simple : il s’agit de mesurer l’évolution des prix de toute une série de biens et services représentatifs de la consommation d’un ménage. Ce travail est réalisé par le SPF économie à travers l’enquête sur le budget des ménages (EBM).

Le moment où les salaires sont indexés diffère toutefois selon les secteurs. Les allocations (par exemple une pension) sont indexées chaque fois que l’indice-pivot est dépassé de 2%. Il existe donc différents types de systèmes d’indexation, mais le principe de base reste le même : il s’agit d’une protection contre les hausses de prix. L’index vous garantit de pouvoir toujours acheter autant avec votre salaire, même si les prix augmentent. Ce n’est donc pas une augmentation salariale, mais un moyen équitable de maintenir le pou­voir d’achat. Cela garantit la stabilité de l’économie et contribue également à financer la sécurité sociale. Comme l’index s’applique à tous, il constitue un tampon important contre la pauvreté et un excellent exemple de solidarité.

Ces derniers temps, les prix ont fortement augmenté. Cela signifie que l’inflation est actuellement élevée. En effet, entre novembre 2020 et novembre 2021, les prix ont grimpé de 5,64%. Il faut remonter à juillet 2008 pour trouver une telle hausse du niveau des prix. Les salaires seront donc à nouveau indexés. Ceci, notamment, en raison de l’explosion des prix de l’énergie ces derniers mois.

L’inflation, c’est quoi ? L’inflation est également appelée « dépréciation monétaire ». Cela signifie que l’argent perd de sa valeur. Il y a quelques années, vous pouviez acheter un pain pour € 2. Aujourd’hui, il vous en coûte € 2,5. C’est l’inflation. Si nos salaires n’étaient pas indexés, nous pourrions donc acheter de moins en moins de choses avec notre rémunération.

C’est l’évolution du prix des produits, en fonction du poids qu’ils représentent dans le panier du ménage (en pourcentage) qui fait donc que l’index évolue ou pas . De manière régulière, des produits sont enlevés ou ajoutés en fonction de l’évolution de la consommation. Le but est de refléter la consommation des belges.

Il est évident qu’il est impossible de contrôler l’évolution des prix de l’ensemble des biens et services. On se limite dès lors à ce qu’on appelle des « témoins », à savoir des biens et services représentatifs de notre consommation. Il en existe à l’heure actuelle près de 700 qui vont couvrir des domaines aussi divers que l’alimentation, l’habillement, le logement, la santé, les trans­ports, la culture, les communications, …

Le contenu du panier ainsi que le poids relatif des « témoins » est un enjeu essentiel. Certes, il y a des évolutions logiques, directement en lien avec nos ha­bitudes de consommation. C’est ainsi qu’il y a quelques années, la chicorée, chère à nos grand-mères, a disparu du panier au profit des capsules pour machines à expresso. Dans le même ordre d’idée, le panier d’il y a 25 ans ne comprenait ni smartphones, ni abonnements internet. On y retrouve aussi des produits dont les prix augmentent (c’est le cas des produits énergétiques par ex.) mais aussi des produits dont les prix diminuent (comme les téléviseurs, smartphones, …).

Au cours de ces 40 dernières années, notre système d’indexation a subi quelques manipulations importantes, dont la conséquence est un décalage de plus en plus net entre l’évolution de nos salaires et l’inflation réelle.

  • Saut d’index : déjà appliqué dans les années 80, vous vous rappelez peut-être encore qu’il s’agissait d’une des premières décisions du gouvernement Michel en 2015 ;
  • Index lissé : mis en place en 1983, il consistait à calculer l’évolution de l’indice sur base de la moyenne des quatre mois précédents et non plus mois par mois, ce qui a eu pour effet de ralentir un peu l’évolution ;
  • Index-santé : en 1993, le gouvernement Dehaene « invente » l’index-santé. Le principe est simple : on a retiré du « panier du ménage » toute une série de produits dont les prix pouvaient augmenter très rapidement suite à des tensions internationales ou simplement à une augmentation des accises. Ce fut le cas des carburants, de l’alcool et du tabac. Le gouvernement Dehaene a enrobé le tout sous un vernis « santé » pour justifier leur retrait pour le calcul de l’inflation.

Au-delà de ces manipulations liées au calcul, il existe un lobbying patronal intense autour de la valeur relative des biens et services présents dans le panier. L’objectif ? Accroître le poids relatif de biens dont la valeur a tendance à diminuer rapidement.

Un saut d’index consiste à faire un trait une fois sur une indexa­tion. Même un saut d’index unique est préjudiciable pour les travailleurs.

Comme nous l’avons vu plus haut, le saut d’index imposé en 2015 par le gouvernement Michel a été lourd de conséquences pour tous les travailleurs. La perte de pouvoir d’achat qui en a résulté continuera à poursuivre ceux-ci tout au long de leur carrière et même jusqu’à leur pension. Pour un salaire annuel brut médian de 46.103€, la perte liée au saut d’index de 2% correspondait à 922€ brut/an. Dans le cas d’un travailleur de 35 ans à qui il reste 32 années de carrière, cela revient à une perte totale de 29.504€ brut… Qui plus est, le saut d’index a aussi un effet boule de neige sur les futures augmentations salariales. En effet, par la suite, à chaque fois qu’un index sera appliqué à nouveau, la base de calcul sera tronquée puisqu’elle est elle-même diminuée par le saut d’index. 2% sur 2% sur 2% ….

Le gel d’index est une mesure non seulement antisociale, mais aussi contre-productive. En effet, lorsque les travailleurs perdent du pouvoir d’achat, ils dépensent également moins d’argent et c’est toute l’économie qui en pâtit.

L’évolution des prix des produits et services présents dans le panier résultent de moyennes obtenues sur base de l’EBM (enquête sur le budget des mé­nages). Or, le consommateur moyen…n’existe pas. C’est ainsi que les produits énergétiques (électricité, gaz, mazout, …) représentent, en moyenne, 5% du panier. Un pourcentage qui ne colle pas vraiment à la réalité pour certains. Si l’on prend l’exemple d’un ménage à faible revenus, la part des dépenses énergétiques sur leur budget est beaucoup plus importante que ce petit pourcentage et il s’agit là de dépenses qui sont difficilement compressibles. Comme ils ne disposent pas d’un « matelas » d’épargne, cela implique qu’ils doivent nécessairement réduire leur consommation ailleurs, sur d’autres produits, ce qui n’est pas sans impact sur la croissance économique.

L’INDEX SOUS PRESSION

Malgré le large soutien dont elle bénéficie et sa transparence, l’indexation automatique est régulièrement remise en question, critiquée et attaquée. En particulier lorsque, comme aujourd’hui, l’inflation est élevée, certaines voix donnent l’impression que l’indexation coûtera cher aux entreprises. Ces déclarations n’ont rien d’innocent, elles constituent une attaque vicieuse et voilée contre l’indexation proprement dite. Ces dernières années, l’in­flation a par ailleurs été très faible.

La crise Covid a bien sûr eu un impact énorme (et imprévu) sur notre économie et les entreprises. Une grande partie des coûts de la crise a toutefois été couverte par le biais de la sécurité sociale. Il suffit de penser au chômage temporaire ou encore du rôle fondamental joué par le secteur des soins de santé. Aujourd’hui, nous voyons que la reprise économique est plus forte que prévu. L’économie tourne à plein régime et la demande dépasse l’offre. Cela explique en partie les fortes hausses des prix.

Mais là encore, certaines organisations patronales plaident à nouveau pour un saut d’index ou un saut d’index « socialement modulé » (où seuls les salaires les plus bas seraient indexés). L’indexation n’est certes pas parfaite, car elle est insuffisante, c’est une correction a posteriori. Les prix augmentent d’abord et puis seulement, une fois l’augmentation suffisante (le dépassement de l’indice pivot), vos salaires et allocations sont augmentés.

L’effet de l’index santé, le fait que certains produits sont sous estimés dans le panier (cfr supra) font que l’index ne colle pas totalement à la réalité de la consommation des ménages. Néanmoins, ce n’est pas parce que le système est perfectible qu’il faut ouvrir la boite de pandore et le laisser dépecer par les patrons et politiques de tout poil.

Le boom actuel des prix de l’énergie et leur impact sur le portefeuille est une crainte pour tous les ménages, confrontés à des factures qui deviennent de plus en plus impayable. Dans le système, l’index santé englobe bien les prix de l’énergie (même si leur part est sous-estimée dans le panier).

Cette augmentation des prix a elle aussi un gros impact sur l’indexation de nos salaires et allocations sociales. L’index ne compensera cependant pas complètement l’énorme augmentation des prix. Le SETCa plaide dès lors depuis longtemps en faveur d’un abaissement de la TVA sur l’énergie. En effet, actuellement, vous payez pas moins de 21% de TVA sur le gaz et l’électricité. Ce ne sont pourtant pas des produits de luxe… Ramener la TVA à 6% permettrait à de nombreuses personnes de bénéficier du répit financier nécessaire. Il s’agit d’une mesure simple et efficace parce qu’immédiate et facile à mettre en œuvre.

Outre le maintien de l’indexation automatique, le SETCa exige d’autres mesures cruciales pour le maintien et l’amélioration du pouvoir d’achat :

  • l’adaptation de la loi sur la norme salariale au profit des travailleurs;
  • la réduction définitive de la TVA sur l’énergie de 21 à 6%.

Pendant la crise covid, les travailleurs ont également contribué à payer les mesures de soutien aux entreprises par le biais de la sécurité sociale. C’était une bonne chose pour l’économie dans l’urgence de la pandémie, des pertes d’emplois n’auraient rien amélioré. Néanmoins, pénaliser les travailleurs, avec un saut d’index serait tout à fait incorrect, eux qui ont tenu le pays à bout de bras durant la pandémie.

CERTAINS DISENT…

Les organisations patronales aiment à déclarer qu’« elles vont payer la facture ». Il est vrai que lorsque l’index augmente, les coûts salariaux des entreprises augmentent. Mais étant donné que l’indexation automatique est une adaptation au coût réel des biens et des services, il ne s’agit pas d’une augmenta­tion de salaire. Ce sont ces mêmes entreprises qui produisent les biens et les services qui sont devenus plus chers. Ces dernières années, les entreprises ont de plus reçu de la part de nos gouvernements différents cadeaux qui représentent d’importantes économies sur les salaires chaque année. Pensez par exemple au tax shift, où les cotisations patronales sur le salaire brut (la part qu’ils versent pour la sécurité sociale) et le taux d’impôt des sociétés ont été réduit de 33% à 25%.

Il est vrai aussi que la crise du coronavirus a été un véritable désastre pour certaines entreprises et certains secteurs. Cela dit, la sécurité sociale les a aussi largement aidés via notamment le chômage temporaire Corona. Celui-ci a vu le jour pour minimiser autant que possible l’impact de la crise Covid sur les travailleurs et les entreprises. C’était une bonne chose : les travailleurs qui devaient rester à la maison à cause du virus pouvaient compter sur une allocation. Pour les entreprises, il s’agissait d’un instrument souple et gratuit de surcroît, puisque ces mesures étaient payées par la sécurité sociale. Ça leur a permis de conserver la main d’œuvre sans jamais avoir à assumer le passif social eux-mêmes. Ironie du sort, c’est précisément la sécurité sociale qui a de moins en moins perçu de rentrées à cause de mesures telles que le tax shift. Le chômage temporaire a été et reste un moyen important d’amortir le choc d’une telle crise et qui se justifiait économiquement compte tenu des circonstances. Toutefois, n’oublions pas que les travailleurs qui y ont eu droit ont de toute façon perdu une partie de leur pouvoir d’achat. Au départ, l’allocation perçue ne représentait que 65% du salaire moyen (plafonné à € 2.897,58 par mois). Elle a ensuite été relevée à 70% grâce aux syndicats mais implique tout de même une perte de pouvoir d’achat.

Nous n’allons pas prétendre que la période passée a été rose pour toutes les entreprises… mais affirmer que seules les entreprises ont souffert est tout aussi faux.

Mais cela ne vaut pas non plus pour toutes les entreprises. Certaines ont même fait mieux que jamais ! En 2020, la moitié des CEO belges ont d’ailleurs reçu un bonus supérieur ou égal à celui de 2019. Le nombre d’introductions en bourse a augmenté de plus de 50% par rapport à 2020. Selon la Banque nationale, les bénéfices des entreprises sont eux aussi à la hausse et ils atteindront bientôt de nouveaux records. L’excédent brut d’exploitation des entreprises devrait d’ailleurs culminer en 2021 et 2022.

Ce n’est pas correct car les salaires ne sont indexés qu’après la hausse des prix. Le calendrier de l’indexation des salaires varie d’un secteur à l’autre. Il n’y a donc pas de gros effet de choc, au contraire. C’est le dysfonctionnement du marché qui provoque l’inflation (pensez à l’énergie).

Il est vrai que les prix de l’énergie ont un impact important sur l’inflation. L’énergie fait également partie de l’indice santé (contrai­rement au carburant). Mais l’indexation seule ne compense pas les hausses de prix explosives que nous connaissons aujourd’hui.

La facture énergétique (comme toutes les autres factures) doit être payée aujourd’hui. De nombreuses personnes risquent de basculer dans la pauvreté énergétique. Une réduction de la TVA est une mesure efficace qui aura un effet immédiat. Enfin, ce sont surtout les revenus les plus faibles qui bénéficient d’une réduction de la TVA, étant donné qu’ils consacrent proportionnellement (pas en chiffres absolus) une part plus importante de leurs revenus à l’énergie.

Pour rendre le message d’un saut d’index plus digeste, certains plaident pour des modèles alternatifs tels qu’un « indice social » ou la distribution de montants forfaitaires. Ne vous méprenez pas : il s’agit d’attaques contre l’indexation même. L’indexation automatique n’est ni juste ni injuste, elle est neutre. Elle garantit le pouvoir d’achat de chacun : travailleurs, bénéficiaires d’une allocation sociale, petits ou gros salaires. Ce n’est pas un moyen de redistribuer les richesses.

Cela se fait par le biais des cotisations sociales et de la fiscalité. Certes, les hauts salaires connaissent une augmentation plus grande mais en contrepartie, ils doivent contribuer davantage. L’indexation des salaires signifie donc également une indexation des cotisations de sécurité sociale. L’indexation permet donc également que le financement de la sécurité sociale augmente, ce qui est bénéfique pour tout le monde. Si la source se tarit à défaut d’être indexée, les dépenses (en ce compris les allocations) seront aussi moindres.

L’index est primordial. Il est la garantie du maintien de votre pouvoir d’achat. Dans le passé, nous nous sommes toujours opposés à toute attaque à l’encontre de l’index et nous continuerons de la faire avec la même ténacité. Pas question de toucher à l’index, sous quelque forme que ce soit. Qu’il s’agisse de saut d’index, de manipulation, de ralentissement, de forfaitarisation ou de toute autre formule ! L’index doit être préservé tel qu’il est. C’est un mécanisme équitable, solidaire qui permet d’assurer un pouvoir d’achat égal, ni plus ni moins. Couplé à la diminution de la TVA sur les prix énergétiques, c’est ce qui permettra aux salaires les plus bas d’assurer un niveau de vie constant. Les deux mesures sont complètes et pas opposées !